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Anecdotes

Mardi 5 mai 2009
L'autre jour, j'assistais à une réunion publique organisée par un représentant de l'Etat sur le thème de la Sécurité et des Libertés. Il y avait là un petit groupe d'une douzaine d'élus municipaux ou anciens élus, plus une poignée d'autres personnes, pas plus de 20 personnes en tout.

L'Etat était représenté par la sous-préfète, une femme courte et autoritaire. Assise derrière une table, elle a pris la parole pour ne la lâcher qu'une fois, en faveur de son voisin, commissaire de police affable et souriant. Le commissaire a parlé longuement et clairement de sa mission, de l'action de son équipe, au quotidien, très concrètement. Après, il s'est effacé, résigné, et a laissé la parole à l'envahissante sous-préfète.

A la fin de sa péroraison, la sous-préfète parle encore de longues minutes pour expliquer qu'elle est venue nous écouter. Après deux ou trois questions suivies de longues réponses-fleuves, je pose une question au sujet de la vidéo-surveillance. L'Etat personnifié me rétorque qu'on ne parle pas de vidéo-surveillance mais de vidéo-protection et prend soin de répondre longuement à côté de la question...

Vidéo-surveillance ou vidéo-protection. Curieux comme aujourd'hui on aime à parer la réalité (la surveillance) d'un semblant de bonnes intentions (la protection). Le PSE, naguère Plan Social d'Entreprise, est devenu Plan de Sauvegarde de l'Emploi. La même réalité se cache sous les oripeaux d'une bonne intention supposée. Parfois, les mots font le chemin inverse. La normalité reçoit un qualificatif qui fait paraître l'exception plus banale. Ainsi de l'hétérosexualité... Mais passons sur la sémantique sous-préfectorale, et reconcentrons-nous sur son discours...

Tiens, juste à temps pour entendre une perle vénéneuse. La sous-préfète conclut qu'après tout, la vidéo-surveillance, pardon, la vidéo-protection, "ceux qui n'ont rien à se reprocher n'ont pas à la redouter". Voici, Madame la Sous-Préfète, un argument dangereux. Le même exactement pourrait être utilisé pour autoriser n'importe quel fichage. Des empreintes génétiques aux données personnelles, pourquoi ne pas encarter tous ceux qui n'ont rien à se reprocher ? Non, vous n'avez pas parlé de fichage, mais il n'empêche, cet argument est vénéneux car il peut trop facilement être détourné. Ne l'a-t-il d'ailleurs pas été dans le passé pour recenser certaines populations ? Et je regrette que notre député, qui a fait son entrée entretemps, reprenne cet argument à son compte.

Mais il est temps de conclure, et l'ancien Maire, charmant vieillard à la chevelure d'argent, ancien professeur de français, se lance dans un de ces discours fleuris dont il a le secret pour mettre fin à la réunion... On a beaucoup parlé de Sécurité, guère de Libertés. Mais après tout, ami lecteur, n'as-tu pas la conscience tranquille ? alors repose-toi sur tes deux oreilles, Madame la Sous-Préfète et Monsieur le Député te vidéo-protègent...

Par Paul Jaillard
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Dimanche 15 février 2009
L'autre jour, j'ai failli tomber de ma chaise. Bah, c'est une façon de parler, parce que tomber de sa chaise en conduisant ceinture attachée n'est pas facile, mais bon, laissez-moi vous dire ce qui a provoqué ma surprise.

J'écoutais je ne sais plus quelle radio quand j'entends une publicité pour une grande banque française, vous savez, celle-là même qui a égaré quelques milliards d'euros il y a juste un an. De leur part, on aurait pu s'attendre à une annonce du genre : "perdu 5 milliards, forte récompense à qui nous les rapportera". Mais non, c'était une publicité pour des produits financiers, dont je vous résume la teneur :
  • Pour dynamiser votre portefeuille, utilisez des warrants. Cela vous permettra de bénéficier d'un effet de levier important à la hausse comme à la baisse, et en plus, vous limitez vos risques !
  • Pour en savoir plus, demandez conseil à nos spécialistes.

Hé bien, elle est bien bonne, me suis-je dit, voilà une double surprise :
  • Le B.A-BA de la finance, m'a-t-on toujours dit, c'est que les risques augmentent avec les espoirs de gains. Mais voilà que j'apprends qu'une banque a trouvé comment bénéficier d'un effet de levier sans prendre de risque. Félicitations ! Une invention toute récente sans doute, sinon, nous n'en serions pas là où nous en sommes !
  • La banque en question souhaite vous faire profiter de cette aubaine : elle serait donc plus douée pour gérer votre portefeuille que le sien. Mais c'est bien sûr...

Arrivé chez moi, je suis allé faire un tour sur le site internet de la banque, où j'ai trouvé l'article "warrants". Il en ressort qu'en effet, le risque est limité... au montant de l'investissement. Si je mets 100 euros sur la table, je ne peux pas perdre plus de 100 euros : ouf !  Il est vrai qu'il est possible, pour un spéculateur mal avisé, de perdre plus que sa mise : cette annonce ne s'adressait donc pas à moi, semble-t-il !

Et toi, ami lecteur, es-tu prêt à aller prendre des leçons de gestion des risques chez ton banquier ? Quoi qu'il en soit, ne perds pas de vue que les conseils n'engagent que ceux qui les suivent !
Par Paul Jaillard
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Dimanche 1 février 2009
L'autre jour, c'était les soldes, en fin de la journée, le magasin se vidait, et comme d'autres je faisais la queue à la caisse du magasin. J'étais le troisième dans la file. Allons me direz-vous, voilà que tu veux nous faire part des bonnes affaires que tu as réalisées ? Pas du tout, mais attendez la suite !

Je regardais distraitement autour de moi, quand mon attention est attirée par la caissière et son client du moment, que j'appelerai Sonia et Kevin, et qui se trouvent engagés dans une conversation animée. Conversation, ou plutôt diatribe, car le ton monte et on n'entend guère que Kevin. On l'entend même assez fort, mais moi qui prend le train en marche, je ne comprends pas au juste quel est l'objet du litige. Le fait est que Kevin prend Sonia à partie, lui jetant à la figure toutes sortes d'insultes : des noms d'oiseau que je vous épargnerai ici, des questions sur son degré de compréhension des choses de la vie, des remarques désobligeantes sur le niveau d'études requis pour faire un travail de caissière... Pendant ce temps, Sonia fait le dos rond, attendant que l'orage passe. Puis Kevin s'en va, en lui lançant une dernière vilenie...

Bah, me dis-je, en voilà qui s'est soulagé d'une dure journée de travail. J'espère qu'au moins cela lui a servi à quelque chose : sans doute pourra-t-il conter fièrement à ses amis qu'il ne s'est pas laissé faire, ou alors cela lui aura permis de se venger sur une innocente d'une contrariété subie dans la journée ? De toute façon, dans sa situation d'employée, cette pauvre fille ne pouvait pas lui répondre, et à vaincre sans péril, Kevin a triomphé sans gloire.

Mais au-delà, j'ai été frappé par le caractère personnel des reproches adressés à la caissière. Des reproches destinés à l'humilier, à la blesser, concernant sa personne même, sa personnalité, ses études... L'objet du litige était passé au second plan, et tout à sa colère, Kevin ne reprochait pas à Sonia d'avoir fait ceci ou cela, mais d'être ceci ou cela.

De quel droit Kevin peut-il ainsi juger une femme qu'il ne connaît même pas, et lui faire reproche d'être ce qu'elle est ? Qu'est-il lui-même pour se le permettre ? Quand bien même Sonia serait sotte, qu'y peut-elle changer ? Alors pourquoi l'humilier, et que peut-on bien y gagner, sinon une satisfaction malsaine ? Allons, Kevin, il est temps de grandir...
Par Paul Jaillard
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Jeudi 30 octobre 2008

L'autre jour, j'ai déjeuné avec Marc. Depuis quelques mois, Marc cherche un job, sans succès jusqu'à présent. Nous avons parlé un peu de sa situation, mais très vite, Marc a commencé à parler de ses dernières lectures. Il s'est montré très bavard, pas inintéressant, loin de là, mais simplement pas attentif à ce que je pouvais penser de ce qu'il me disait, ou du moins n'en donnant pas l'impression.

Tandis qu'il soliloquait, je me demandais comment je pourrais l'aider. Alors finalement, à la fin du repas, je lui demande tout à trac :

- et en entretien ça se passe comment ?


Il me dit alors qu'à son dernier entretien, il avait déroulé son CV en parlant 20 minutes sans interruption, en suant à grosses gouttes. A divers gestes qu'on fait dans ce cas-là, Marc voyait que son interlocuteur s'ennuyait. Mais plus le chasseur donnait de signes de lassitude, plus Marc fonçait, en apnée... Quand Marc eut fini, son vis-à-vis n'avait aucune question, sans doute trop inquiet de relancer la machine pour 20 nouvelles minutes...

 
Je lui ai dit :

- Avant le prochain entretien, prépare par écrit une courte présentation de ton parcours, synthétique, en 5 lignes maximum.

- Puis au début de l'entretien, déroule-là, puis stop, compte jusqu'à 10.

- Reprend chaque phase de ton expérience en 2 minutes, explique ce que cela t'a enseigné, montre les enchaînements, ne rentre pas dans le "quoi", ne paraphrase pas le CV, puis stop, compte jusqu'à 5.

- Attend les questions, réponds aux questions brièvement mais sans éluder, attends le retour.

- Si le type s'ennuie parce que tu es trop long, arrête-toi et dis "désolé, je vois que je vous ennuie avec mon enthousiasme, avez-vous des questions ?".

- Laisse-le parler s'il veut, le meilleur vendeur c'est celui qui écoute. Tant qu'il parle, tu ne dis pas de bêtises et tu respires et tu réfléchis et tu comprends ses attentes.


Quelques jours plus tard, Marc m'a écrit :

"J'ai eu cet après-midi un entretien avec un cabinet de recrutement de dirigeants. Je m'étais fixé comme objectif de parler le moins possible et de compter le temps de pose.
 
J'ai réussi à ne parler que 50% du temps. J'ai complètement revu le plan de présentation, j'ai supprimé tous les détails, tous les bruits de remplissage que j'utilisais précédemment. Le résultat a été comme prévu : j'ai eu droit à de nombreuses questions. Comme je n'en avais pas l'habitude, j'ai été obligé de réfléchir un peu avant de répondre, ce qui a eu un effet très positif sur le déroulement de l'entretien.
 
En conclusion le consultant m'a dit avoir apprécié l'entretien, que j'étais clair et structuré, que j'étais à l'écoute de l'autre et que j'avais une forte orientation au résultat tout en tenant compte des autres.
 
Pour un premier jet, je suis satisfait du résultat."


Marc a du ressort. Il s'est fixé un objectif chiffré et s'est astreint à le contrôler. Et il a réalisé d'immenses progrès en quelques jours seulement. Bravo !

Par Paul Jaillard
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Lundi 22 septembre 2008
L'autre jour, mon amie Juliette m'avait invité à faire un petite présentation devant l'équipe de management de sa société. Il y avait là 3 directeurs commerciaux, les directeurs des 4 usines de production, une demi-douzaine de directeurs de région, et bien sûr le patron de la société et quelques autres personnes. En tout ils étaient une vingtaine.

Je devais leur faire un petit retour d'expérience. Mes premiers "transparents" ne provoquent que quelques questions, mais l'atmosphère se réchauffe quand je parle de la relation Client/Fournisseur vécue en interne entre les départements d'une même société. Les directeurs d'usine, en position de fournisseurs vis-à-vis des commerciaux, soulèvent nombre d'objections. La discussion s'anime, au point qu'ils ont tendance à m'oublier...

Cela me laisse le loisir d'observer la salle, et je fais une découverte amusante. A ma droite, le patron et son assistante. En face, les directeurs d'usine sont bien sagement regroupés. A gauche, les trois commerciaux font bloc. Quant aux directeurs régionaux, ils sont répartis autour de la table comme ils sont dans la vie répartis sur toute la France. Ainsi, la table que j'ai devant moi reflète fidèlement les positions relatives des uns et des autres dans l'entreprise. Ceux qui travaillent au siège se sont groupés par fonctions, par affinité, par communauté d'intérêts. Et les directeurs de région, moins cohésifs du fait de l'éloignement géographique, d'occasions de rencontre moins fréquentes et de la diversité de leurs régions, ont rempli les trous. Pas étonnant que le débat soit vif !

La disposition de la salle ne peut pas être une coïncidence. Le choix des places lors d'une réunion ne doit pas grand'chose au hasard. Les uns préfèrent le fond, d'autres la proximité de la sortie, d'autres se rapprochent pour mieux voir. Mais dans tous les cas, chacun se place tout naturellement à côté de ceux, déjà placés, dont il se sent proche, et s'éloigne de ceux qu'il perçoit comme une menace. Dans une réunion client/fournisseur, par exemple, les uns et les autres sont presque toujours regroupés, chacun d'un côté de la table, face à face. Et lorsque je m'amuse à rompre cet équilibre tacite en m'imposant parmi les fournisseurs, cela crée toujours un petit moment de confusion !

Vous observerez d'ailleurs que, lors d'un séminaire de plusieurs jours, la disposition de la salle établie le premier jour est fidèlement reproduite les jours suivants, chacun reprenant sagement le siège qu'il occupait la veille. Ami lecteur, lors d'un prochain séminaire, fais comme-moi, essaye de brouiller les cartes en t'installant là où personne ne t'attend. Tu constateras que la règle implicite est très solide, et que ta manoeuvre ne provoquera qu'une petite permutation entre 3 ou 4 personnes, rarement plus.
Par Paul Jaillard
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