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Dimanche 1 février 2009
L'autre jour, c'était les soldes, en fin de la journée, le magasin se vidait, et comme d'autres je faisais la queue à la caisse du magasin. J'étais le troisième dans la file. Allons me direz-vous, voilà que tu veux nous faire part des bonnes affaires que tu as réalisées ? Pas du tout, mais attendez la suite !

Je regardais distraitement autour de moi, quand mon attention est attirée par la caissière et son client du moment, que j'appelerai Sonia et Kevin, et qui se trouvent engagés dans une conversation animée. Conversation, ou plutôt diatribe, car le ton monte et on n'entend guère que Kevin. On l'entend même assez fort, mais moi qui prend le train en marche, je ne comprends pas au juste quel est l'objet du litige. Le fait est que Kevin prend Sonia à partie, lui jetant à la figure toutes sortes d'insultes : des noms d'oiseau que je vous épargnerai ici, des questions sur son degré de compréhension des choses de la vie, des remarques désobligeantes sur le niveau d'études requis pour faire un travail de caissière... Pendant ce temps, Sonia fait le dos rond, attendant que l'orage passe. Puis Kevin s'en va, en lui lançant une dernière vilenie...

Bah, me dis-je, en voilà qui s'est soulagé d'une dure journée de travail. J'espère qu'au moins cela lui a servi à quelque chose : sans doute pourra-t-il conter fièrement à ses amis qu'il ne s'est pas laissé faire, ou alors cela lui aura permis de se venger sur une innocente d'une contrariété subie dans la journée ? De toute façon, dans sa situation d'employée, cette pauvre fille ne pouvait pas lui répondre, et à vaincre sans péril, Kevin a triomphé sans gloire.

Mais au-delà, j'ai été frappé par le caractère personnel des reproches adressés à la caissière. Des reproches destinés à l'humilier, à la blesser, concernant sa personne même, sa personnalité, ses études... L'objet du litige était passé au second plan, et tout à sa colère, Kevin ne reprochait pas à Sonia d'avoir fait ceci ou cela, mais d'être ceci ou cela.

De quel droit Kevin peut-il ainsi juger une femme qu'il ne connaît même pas, et lui faire reproche d'être ce qu'elle est ? Qu'est-il lui-même pour se le permettre ? Quand bien même Sonia serait sotte, qu'y peut-elle changer ? Alors pourquoi l'humilier, et que peut-on bien y gagner, sinon une satisfaction malsaine ? Allons, Kevin, il est temps de grandir...
Par Paul Jaillard - Publié dans : Anecdotes
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Dimanche 11 janvier 2009
L'autre jour, une des plus grandes armées du monde, sûre de sa force et de son bon droit, est passée à l'attaque contre une bande de va-nu-pieds décidés à mourir pour leur terre. Après des semaines de combats, les va-nu-pieds sont toujours là, et narguent leur opposant.

Bah me direz-vous, où veux-tu en venir avec cette allusion aux événements de Gaza ?

Ma foi, ce que j'ai écrit pourrait renvoyer de la même façon à tant de conflits : l'Irak actuellement, l'URSS en Afghanistan, les Etats-Unis en Somalie ou au Viet-Nam, la France en Algérie...

Je crois qu'il n'y a que deux issues possibles à ce type de conflits. Une première solution, finale, est l'extermination des va-nu-pieds. Oseront-ils ? L'autre issue est le retrait sans gloire de la puissance militaire, c'est la solution préférée de l'Histoire, la seule raisonnable. Encore faut-il en avoir le courage.
Par Paul Jaillard - Publié dans : Actualité
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Samedi 27 décembre 2008
L'autre jour, je suis tombé sur cette perle. Comme je ne suis pas chiche, je vous en fais profiter :

On aimait l'or parce qu'il donnait le pouvoir et qu'avec le pouvoir on faisait de grandes choses. Maintenant on aime le pouvoir pour qu'il donne l'or et qu'avec cet or on en fait de petites.

Montherlant, Le Maître de Santiago
Par Paul Jaillard - Publié dans : Perles
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Jeudi 18 décembre 2008
L'autre jour, mon ami Marc Traverson m'a invité à poursuivre une chaîne de blogs sur la question : quelle formation a le plus influencé ma vie ? Hé bien Marc, voilà une bonne question. A laquelle je répond, comme toi, que plus que de formations, c'est d'expériences, ou de rencontres, qu'il vaudrait mieux parler.

C'était mon premier job, mon premier manager, un garçon jeune et brillant qui débutait une carrière éclair chez Arthur Andersen. Il aimait à répéter des maximes de toute sorte, qu'il écrivait au feutre sur une page de papier listing et affichait dans son bureau. J'ai gardé en tête une dizaine de ces maximes. Je n'en ferai pas la liste ici, mais peut-être vous ferai-je part de quelques-unes au fil des jours. Pour aujourd'hui, je m'arrêterai à celle-ci :

Il est plus facile d'avoir tort avec tout le monde plutôt que raison tout seul.

Le monde fourmille d'illustrations de cette vérité. Il faut toujours une certaine assurance pour aller à l'encontre de l'opinion dominante.

Cela renvoie à un phénomène bien connu, et depuis longtemps. Sans remonter aux moutons de Panurge de Rabelais, Asch a montré en 1952 qu'un tiers des personnes sont prêtes à renoncer à leur certitude pour adopter l'avis dominant du groupe. Cette pression de conformité est très bien documentée par Devillard (1), et l' effet Asch est d'autant plus fort que l'estime de soi des individus est plus faible (2).

La pression de conformité, on la retrouve bien sûr au niveau des sociétés, sous une forme à peine différente : les choix des sociétés sont trop souvent dictés par les choix des autres sociétés du secteur. Et je ne parle pas des marchés financiers, dont le caractère moutonnier n'échappe plus à personne.

Et toi, ami lecteur, à quels exemples penses-tu ?

Pour finir, je passe le relai à Jean-Louis Richard, Questions de dirigeants, pour poursuivre cette chaîne...

(1) : Devillard, Dynamiques d'équipes
(2) : André et Lelord, l'Estime de soi
Par Paul Jaillard - Publié dans : Management
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Mercredi 10 décembre 2008
L'autre jour, Juliette m'a parlé des managers qu'elle a eu l'occasion de pratiquer dans sa société. Leurs styles de management se retrouvent dans la physionomie des réunions qu'ils ont avec leurs collaborateurs directs. Et Juliette a pris l'exemple de Pascal.

Pascal réunit son équipe tous les quinze jours. C'est l'occasion pour chacun de dire où il en est et d'évoquer les problèmes auxquels il est confronté. Au cours de ces réunions, chaque collaborateur s'adresse à Pascal, qui l'interroge, et parfois le crucifie pour l'instruction des autres. Pendant ce temps, les autres, justement, bayent aux corneilles ou font semblant de s'intéresser au sujet, mais en réalité, ils attendent simplement leur tour de passer sur le grill. C'est une sorte de point d'avancement individuel auquel chacun se livre en public.

Au début, Juliette avait pensé que l'attitude des collaborateurs de Pascal était une forme de passivité coupable. En réalité, l'équipe de Pascal gravite autour d'un chef autoritaire qui bloque l'initiative et décourage les propositions. A chaque suggestion, ou bien Pascal dit non, ou bien il réclame un volumineux dossier de justification, de sorte que chacun garde désormais ses idées pour lui. Privée d'espace de discussion, mise au pilori pour toute initiative jugée par Pascal non-conforme à la politique maison, l'équipe attend que Pascal décide. Pascal, peu sûr de lui, accumule les dossiers de justification pour se couvrir vis-à-vis de sa propre hiérarchie. Et il croit faire preuve d'autorité en se montrant autoritaire !

Le désintérêt que chacun manifeste en réunion vis-à-vis de l'activité des autres est réel, mais il est le résultat de l'attitude de Pascal. Son équipe est en morceaux, chacun effectue le service minimum, et Pascal se prive ainsi du plein engagement de ses collaborateurs et de la richesse de leurs propositions.

Par Paul Jaillard - Publié dans : Management
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