A La Faye, je montais souvent à la reprise du Samedi matin. Pendant cette heure d’équitation, je travaillais mon cheval de l’époque, Filou, avec toute la concentration possible… Arnaud était au centre de la carrière, guidant les uns, reprenant les autres, de sa voix calme et patiente. Arnaud ne criait pas. Il parlait. Pour un moniteur d’équitation, c’est assez rare pour être souligné. Tout en l’écoutant, je recherchais un meilleur équilibre, une position plus relevée de mon cheval et la cession de sa bouche.
Une reprise d’une heure, c’est parfois long, et il m’arrivait de rêvasser à d’autres choses, tout en tournant sur la piste ou en exécutant machinalement quelque figure. Je partais alors bien loin de la carrière, tout à fait ailleurs, absent. C’est en général à ce moment que j’entendais la voix calme d’Arnaud :
- Oui, Paul, c’est bien ce que tu fais…
Je ne lui ai jamais dit à quel point cela me vexait de l’entendre complimenter mon travail au moment précis où je cessais de travailler. Comme si mon application à bien faire provoquait plus de dégâts que de bienfaits. Comme si ma raison altérait mon intuition première…
Quand je disais que le dressage est un art. Un art de la patience, de la tendresse, de l'écoute, de la sensibilité et de l'intuition. Et finalement, le dressage, n'est-ce pas une bonne image du management ?
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