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Mardi 4 novembre 2008
L'autre jour, le président colombien a limogé plusieurs officiers de son armée. Voilà que tu t'intéresses au taux de chômage des officiers colombiens, me direz-vous ? Pas du tout, mais laissez-moi vous dire ce qui a motivé la décision présidentielle. En Colombie, les militaires reçoivent des jours de permission en fonction du nombre de combattants tués dans des opérations de combat. Je ne suis pas très sûr qu'un tel intéressement soit un exemple de moralité, mais ce n'est pas la cause de ces remerciements en série. En fait, il semble que certains militaires colombiens n'ont pas hésité à assassiner des civils, puis à les faire passer pour des guérilléros, afin de s'offrir quelques jours de congés. Et on ne parle pas de "quelques" civils tués par "quelques" militaires. La justice colombienne enquête sur la disparition de 2 000 civils impliquant 200 militaires ! Une véritable industrie des jours de permission...

Le président a donc renvoyé plusieurs officiers, mais qui sanctionnera le brillant inventeur du système de gratification pervers qui a poussé 200 militaires au meurtre ? Un "incentive" mal pensé peut s'avérer tragique, ou simplement contre-productif, et les exemples ne manquent pas.

Dans l'entreprise de Juliette, une société de services, les managers sont rémunérés en fonction du nombre de jours que leur équipe facture. La conséquence directe est que les managers n'ont aucun intérêt à s'échanger des informations susceptibles de conduire à une mission dès lors que leur équipe n'y sera pas impliquée. Résultat : au lieu de coopérer pour faire progresser le chiffre d'affaires de l'entreprise dans son ensemble, chacun joue pour soi et préfére rater une mission plutôt que d'y impliquer un collègue.

Et toi, ami lecteur, que penses-tu de ta rémunération à la performance ?
Par Paul Jaillard - Publié dans : Actualité
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Jeudi 30 octobre 2008

L'autre jour, j'ai déjeuné avec Marc. Depuis quelques mois, Marc cherche un job, sans succès jusqu'à présent. Nous avons parlé un peu de sa situation, mais très vite, Marc a commencé à parler de ses dernières lectures. Il s'est montré très bavard, pas inintéressant, loin de là, mais simplement pas attentif à ce que je pouvais penser de ce qu'il me disait, ou du moins n'en donnant pas l'impression.

Tandis qu'il soliloquait, je me demandais comment je pourrais l'aider. Alors finalement, à la fin du repas, je lui demande tout à trac :

- et en entretien ça se passe comment ?


Il me dit alors qu'à son dernier entretien, il avait déroulé son CV en parlant 20 minutes sans interruption, en suant à grosses gouttes. A divers gestes qu'on fait dans ce cas-là, Marc voyait que son interlocuteur s'ennuyait. Mais plus le chasseur donnait de signes de lassitude, plus Marc fonçait, en apnée... Quand Marc eut fini, son vis-à-vis n'avait aucune question, sans doute trop inquiet de relancer la machine pour 20 nouvelles minutes...

 
Je lui ai dit :

- Avant le prochain entretien, prépare par écrit une courte présentation de ton parcours, synthétique, en 5 lignes maximum.

- Puis au début de l'entretien, déroule-là, puis stop, compte jusqu'à 10.

- Reprend chaque phase de ton expérience en 2 minutes, explique ce que cela t'a enseigné, montre les enchaînements, ne rentre pas dans le "quoi", ne paraphrase pas le CV, puis stop, compte jusqu'à 5.

- Attend les questions, réponds aux questions brièvement mais sans éluder, attends le retour.

- Si le type s'ennuie parce que tu es trop long, arrête-toi et dis "désolé, je vois que je vous ennuie avec mon enthousiasme, avez-vous des questions ?".

- Laisse-le parler s'il veut, le meilleur vendeur c'est celui qui écoute. Tant qu'il parle, tu ne dis pas de bêtises et tu respires et tu réfléchis et tu comprends ses attentes.


Quelques jours plus tard, Marc m'a écrit :

"J'ai eu cet après-midi un entretien avec un cabinet de recrutement de dirigeants. Je m'étais fixé comme objectif de parler le moins possible et de compter le temps de pose.
 
J'ai réussi à ne parler que 50% du temps. J'ai complètement revu le plan de présentation, j'ai supprimé tous les détails, tous les bruits de remplissage que j'utilisais précédemment. Le résultat a été comme prévu : j'ai eu droit à de nombreuses questions. Comme je n'en avais pas l'habitude, j'ai été obligé de réfléchir un peu avant de répondre, ce qui a eu un effet très positif sur le déroulement de l'entretien.
 
En conclusion le consultant m'a dit avoir apprécié l'entretien, que j'étais clair et structuré, que j'étais à l'écoute de l'autre et que j'avais une forte orientation au résultat tout en tenant compte des autres.
 
Pour un premier jet, je suis satisfait du résultat."


Marc a du ressort. Il s'est fixé un objectif chiffré et s'est astreint à le contrôler. Et il a réalisé d'immenses progrès en quelques jours seulement. Bravo !

Par Paul Jaillard - Publié dans : Anecdotes
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Lundi 29 septembre 2008
L'autre jour, l'oncle Georges a décidé de racheter pour 700 milliards de dollars de créances douteuses. Je ne sais pas pour vous, mais moi j'ai du mal à me rendre compte des montants quand ils font plus de 9 chiffres. Essayons quelques astuces.

Au lycée, un professeur de physique, pour nous faire toucher du doigt l'énorme chiffre que représente un milliard -un seul petit milliard de rien du tout-, nous avait demandé combien de temps faisait un milliard de secondes. Il nous avait alors appris qu'un milliard de secondes, c'est presque 32 ans. Donc pour compter de zéro à 700 milliards à raison d'un nombre par seconde, il faudra compter 700 x 32 années, soit plus de 22 000 ans. Il y a 22 000 ans, la Terre est au coeur de sa dernière grande glaciation, le niveau des mers est plus de 100 mètres en-dessous de celui d'aujoud'hui, le tunnel sous la Manche n'existe pas mais il serait de toute façon parfaitement inutile. Le Sahara est couvert de savanes et de lacs, et les mammouths arpentent les toundras sèches  du Nord. Il y a 22 000 ans, Cro-Magnon succède à l'homme de Néanderthal.

Autre approche, la division. La population du pays de Georges étant d'environ 300 millions d'habitants, le montant mis en jeu est de 2300 dollars par habitant, tous âges confondus, ou, à raison de 2,3 habitants par maison (moyenne nationale), 5300 dollars par ménage.

On pourrait aussi compter en JK, cette unité inventée en Janvier dernier quand un courtier indélicat ou imprudent provoquait un trou de 5 milliards de dollars dans les caisses d'un des fleurons de notre finance hexagonale, l'obligeant à se recapitaliser rapidement. Dans cette unité déjà colossale, nous parlons de la bagatelle de 140 JK.

J'ai aussi essayé de compter en maisons Borloo. C'est une unité intéressante, car elle représente quelque chose de significatif pour la plupart d'entre nous. A 100 000 euros pièce, et en tenant compte de la parité euro/dollar, je pourrais construire des pavillons pour 11 millions d'habitants, c'est à dire la population de Paris et sa banlieue. Evidemment, le résultat serait moins chic, désespérement uniforme et il faudrait rajouter les infrastructures, mais quand même, cela donne une idée...

Mais il est inutile de chercher à compter en salaire mensuel moyen africain, car cette unité-là est vraiment trop petite...
Par Paul Jaillard - Publié dans : Actualité
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Lundi 22 septembre 2008
L'autre jour, mon amie Juliette m'avait invité à faire un petite présentation devant l'équipe de management de sa société. Il y avait là 3 directeurs commerciaux, les directeurs des 4 usines de production, une demi-douzaine de directeurs de région, et bien sûr le patron de la société et quelques autres personnes. En tout ils étaient une vingtaine.

Je devais leur faire un petit retour d'expérience. Mes premiers "transparents" ne provoquent que quelques questions, mais l'atmosphère se réchauffe quand je parle de la relation Client/Fournisseur vécue en interne entre les départements d'une même société. Les directeurs d'usine, en position de fournisseurs vis-à-vis des commerciaux, soulèvent nombre d'objections. La discussion s'anime, au point qu'ils ont tendance à m'oublier...

Cela me laisse le loisir d'observer la salle, et je fais une découverte amusante. A ma droite, le patron et son assistante. En face, les directeurs d'usine sont bien sagement regroupés. A gauche, les trois commerciaux font bloc. Quant aux directeurs régionaux, ils sont répartis autour de la table comme ils sont dans la vie répartis sur toute la France. Ainsi, la table que j'ai devant moi reflète fidèlement les positions relatives des uns et des autres dans l'entreprise. Ceux qui travaillent au siège se sont groupés par fonctions, par affinité, par communauté d'intérêts. Et les directeurs de région, moins cohésifs du fait de l'éloignement géographique, d'occasions de rencontre moins fréquentes et de la diversité de leurs régions, ont rempli les trous. Pas étonnant que le débat soit vif !

La disposition de la salle ne peut pas être une coïncidence. Le choix des places lors d'une réunion ne doit pas grand'chose au hasard. Les uns préfèrent le fond, d'autres la proximité de la sortie, d'autres se rapprochent pour mieux voir. Mais dans tous les cas, chacun se place tout naturellement à côté de ceux, déjà placés, dont il se sent proche, et s'éloigne de ceux qu'il perçoit comme une menace. Dans une réunion client/fournisseur, par exemple, les uns et les autres sont presque toujours regroupés, chacun d'un côté de la table, face à face. Et lorsque je m'amuse à rompre cet équilibre tacite en m'imposant parmi les fournisseurs, cela crée toujours un petit moment de confusion !

Vous observerez d'ailleurs que, lors d'un séminaire de plusieurs jours, la disposition de la salle établie le premier jour est fidèlement reproduite les jours suivants, chacun reprenant sagement le siège qu'il occupait la veille. Ami lecteur, lors d'un prochain séminaire, fais comme-moi, essaye de brouiller les cartes en t'installant là où personne ne t'attend. Tu constateras que la règle implicite est très solide, et que ta manoeuvre ne provoquera qu'une petite permutation entre 3 ou 4 personnes, rarement plus.
Par Paul Jaillard - Publié dans : Anecdotes
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Mardi 2 septembre 2008

L'autre jour, c'était la rentrée des profs. Un marronnier en langage journalistique. Et bien sûr, on n'a pas échappé, comme chaque année, aux petites interviews des profs, des élèves, des parents... L'une d'elles, entendue sur le service public, m'a fait sursauter. Pas la réponse, mais la question, posée à un prof sortant de l'IUFM et prenant son premier poste. La voici :

   - Est-ce que les premiers jours sont importants pour faire une bonne impression ?

Voilà une curieuse question venant d'un journaliste. D'abord parce que l’impression se forme les premiers jours. Après, ce n'est plus une impression, cela devient une certitude…


Ensuite parce qu'il s'agit d'une question fermée, à laquelle le prof aurait pu répondre par oui ou par non. Sans doute heureux de pouvoir s'exprimer, il n'en a rien fait. Mais c'est comme demander à quelqu'un s'il a l'heure : on s'expose au risque de s'entendre répondre oui mais de n'en être pas plus avancé.


Enfin, et surtout, parce que la question posée n'est pas neutre. Elle sous-entend que l'opinion du journaliste est que "oui, ils sont importants", et appelle clairement cette réponse-là. Sans surprise, le journaliste obtient donc la réponse qu'il attend et probablement espère.


Tiens, au fait, comment aurait-on pu formuler la question pour rester neutre et inciter le prof à s'exprimer librement sans lui souffler une réponse ? Essayons :


   - 
les premiers jours sont-ils importants ? On évite le premier écueil, mais pas les deux suivants : la question est fermée.

   - 
en quoi les premiers jours sont-ils importants ? On progresse, car cette fois la question est ouverte et appelle des réponses détaillées, mais elle suppose que les premiers jours sont plus importants que les autres !

   - 
qu'est-ce qui est important pour vous en ce jour de rentrée ?

Cette fois je crois qu'on y est. La question est ouverte, elle n'appelle pas automatiquement la réponse "faire bonne impression", ne suppose rien quant aux premiers jours, et le prof va pouvoir nous dire ce qu'il en pense vraiment, de cette rentrée...


Ma foi, l'exercice n'est pas toujours facile, et même si la question du journaliste m'a surpris, je ne suis pas arrivé tout de suite à la dernière formulation. Celle-ci est d'ailleurs certainement encore perfectible ; à ton tour, ami lecteur : comment poserais-tu la question ?

Par Paul Jaillard - Publié dans : Anecdotes
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